Congo na biso . 1 : l’argent des campagnes

Aujourd’hui, demain ou dans dix ans, il doit sortir des élections un Congo dont nous devons déterminer l’identité : le Congo que nous voulons ou le Congo des autres ?
A l’instar de la société humaine, les relations internationales ont leurs lois, iniques ou pas, la plus connue étant que chaque peuple cherche d’abord, si pas exclusivement ses intérêts. Si la nature avait donné à chaque peuple, ou chaque pays, toutes les ressources dont il pouvait avoir besoin, il est à parier que certains resteraient bien cloîtrés chez eux et ne se soucieraient pas de ce qui se passe ailleurs. Mais voilà, le pétrole se trouve en Irak, dans le Golf Persique, et il faut aller le chercher là-bas, par tous les moyens, y compris la guerre. Il n’y a rien d’étonnant à ce l’on vienne chercher le coltan, le cuivre, le diamant, les forêts, les eaux du Congo, par tous les moyens, y compris … les élections.
LE CONGO DES ETRANGERS
L’humanité s’est un peu civilisée, depuis l’époque des guerres des conquêtes, où un roi était apprécié par sa capacité à aller confisquer les terres et les troupeaux des autres, en invoquant au passage l’aide de Dieu. Tous les Etats du monde ont renoncé officiellement à l’agression mutuelle. La guerre ancienne a pris un visage plus … humain. Les assoiffés de pouvoir ont mis des gants. De fracassante, la guerre est devenue une guerre de basse intensité, la colonisation est devenue la néo-colonisation. A travers des systèmes de gouvernements conçus ailleurs et mal assimilés, ou tout simplement inadaptés, l’Afrique joue à l’infini les prolongations de la colonisation, laquelle ne porte plus seulement le visage de l’Occident mais aussi celui de l’Orient émergeant. Les élections dites démocratiques sont l’un de ces instruments d’apprenti-sorcier et le Congo s’y prépare pour l’année prochaine. Quels sont les pièges, et qu’en sortira-t-il ?
Ayant adopté le système démocratique, nous sommes obligés de recourir régulièrement aux élections pour recomposer nos représentations à l’un ou l’autre niveau. Pour ce qui concerne l’élection présidentielle, nous sommes censés voter tous les cinq ans. Tout dépassement du mandat crée automatiquement une crise, une instabilité dont on ne pas augurer de l’issue. Autrement dit, il faut absolument organiser les élections sinon plus personne ne répond de rien. Mais pour tenir ces élections, rien que sur le plan matériel, il faut disposer de l’organisation, des compétences, et des moyens financiers nécessaires. Tel n’est pas le cas de notre pays, ni en 2006, et encore moins en 2011. Conséquence, on le voit déjà, les yeux sont tournés vers la communauté internationale, celle qui dit avoir organisé en 2006 « les élections les plus chères de l’histoire. » Qui peut avoir la naïveté de croire que l’on ferait une telle dépense, uniquement pour permettre aux Congolais d’avoir leur démocratie, leur président, leur parlement, sans prendre en compte les intérêts (on comprend lesquels) des bailleurs de fonds ? Dès lors, rien ne peut nous garantir que le président sortant des urnes est bien celui que nous avons voulu, car nous n’avons pas la maîtrise de la chaîne électorale, de l’enrôlement des électeurs au dépouillement des bulletins et à la publication des résultats. Ainsi, les prédateurs peuvent nous imposer un président ou une coloration parlementaire de leur choix, en nous donnant l’illusion que c’est nous mêmes qui les avons désignés. Voilà pour le Congo des étrangers.
LE CONGO DE LA MAFIA
Il n’y pas que les étrangers qui peuvent nous flouer. Pour réussir sa besogne, l’impérialisme se sert aussi de relais conscients et inconscients parmi nous. Tels ces gens qui, de bonne foi, croient que l’élection du président de la république, du député ou du bourgmestre est un concours de séduction ou une vente aux enchères. C’est le plus offrant ou la plus sexy qui gagne. Le candidat X circule de quartier en quartier, distribuant des T-shirts à son effigie, offrant à boire à la ronde, jetant des bouts de ponts sur des bouts de rivières, réfectionnant la toiture de l’église du coin … et le peuple danse, tombe en pamoison, devant les caméras de la télévision opportunément présents. Qu’est-ce sinon une forme de corruption ?
Il existe au pays un groupe de politiciens connus pour être « le groupe des riches. » Ils ont quelques partis politiques pour faire couverture, mais n’ont manifestement que faire de militants. Le parti est juste un de leurs sésames pour s’introduire partout. Ils attendent tranquillement que les petits ambitieux se fassent élire au suffrage direct, et de préférence avec leur soutien financier. Puis ces hommes forts se présentent au scrutin indirect pour occuper des postes stratégiques au gouvernorat, ou au sénat, en faisant couler les billets de banque. Les petits ambitieux élus avec leur argent leur sont redevables, et les grands manitous tirent les ficelles dans l’ombre, ni vu ni connu. Ils décident et les ministres exécutent. Ils instruisent, et les députés votent, souvent à l’encontre de leurs discours critiques de parade juste bons pour amuser la galerie des citoyens. Voilà le Congo de la mafia.
LE CONGO DU PEUPLE OU CONGO NA BISO
La démocratie se définit comme le pouvoir du peuple. Réfléchissons-nous assez sur la signification de cette phrase ? Si on nous prête une population de 60 000 000 âmes, et que nous pouvons estimer à 50 000 la « Communauté mafieuse du Congo », il reste … 59 950 000 personnes qui se seront laissé dépouiller de leur pouvoir. Incroyable ! Dans cette grande masse, il y a une « élite » intellectuelle et spirituelle qui n’aura pas été à la hauteur de sa mission. Il y a même une élite qui aura trahi, en vendant son savoir pour avoir place à la mangeoire.
Mais il y a aussi, il doit y avoir un reste, une élite qui doit s’armer de courage et se parer d’audace aujourd’hui pour affirmer qu’un autre Congo est possible, un Congo fait de nos mains, notre Congo, Congo na biso.
Les paragraphes précédents ont voulu établir, s’il en était, que le rapport à l’argent de campagne peut faire d’un peuple soit un souverain, soit un esclave. Les étrangers et les princes de la mafia ont compris que celui qui paie règne. Malins, ils se sont arrangés pour créer une inflation financière autour de l’argent des campagnes. On nous fait croire que les élections doivent coûter énormément cher, ce qui a pour conséquence de dissuader les enfants du pays, privés de travail et privés de salaires quand ils travaillent, de l’aventure électorale. S’il est vrai qu’il faut bien louer des salles, payer des titres de voyage, assurer des frais de secrétariat, on doit aussi se demander où va le gros de l’argent des campagnes ? Observons et nous verrons que c’est à l’achat des consciences, à des dépenses de luxe superflues, à des détournements (là aussi). Ce superflu élagué, les élections peuvent redevenir abordables pour l’honnête citoyen et se mettent au service de l’homme au lieu d’en être un dieu sinistre et cynique.
Malheureusement pour nous, peuple, notre gouvernement et nos députés participent à cette spéculation. En imposant des cautions exorbitantes, au prétexte que « n’importe qui ne doit pas se présenter comme candidat président de la république ou député », alors que si les Congolais sont devenus des « n’importe qui » c’est à cause de leur mauvaise gestion, les dirigeants politiques montrent que leur vrai souci c’est de péréniser leur confrérie, et qu’ils n’ont cure du peuple qui n’est bon qu’à les applaudir pour quelques petits ponts posés la veille des élections.
En réponse à ces manipulations dont les auteurs se font une gloire de se déclarer héritiers de Machiavel, nous disons ceci à notre peuple
- La teneur de la loi électorale sur les frais de dépôt de candidature seront une épreuve pour les élus d’hier. Si elle est inique et tente d’exclure le peuple, nous devons, sans considération de toute autre chose, refuser de renouveler le mandat de tous ces députés, indistinctement ceux du pouvoir et de l’opposition.
- Celui qui paie règne. Nous ne pouvons pas avoir « Notre Congo » sans nous mouiller le maillot. On ne peut pas gagner la liberté et la respectabilité tout simplement en critiquant les députés. Nous devrons mettre la main à la poche ou offrir nos services en volontaires.
- Que le peuple réhabilite son rêve. Si un citoyen honnête pense être à même de servir son peuple et si le peuple l’en juge digne, la dynamique « Congo na biso » saura lui fournir les moyens nécessaires. Cette dynamique est ouverte à tous les Congolais qui veulent un Congo issu de nos rêves, pour contribuer financièrement, pour se porter candidat, ou pour servir.
Tel est le message que nous, en tant que membre de l’élite consciente, apportons à notre peuple dans la perspective des élections de 2011. Plus rien ne sera comme avant !

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