Quand Tshisekedi et Kamerhe changent

décembre 27, 2010

Bonjour, de la part de l’empêcheur de rêver en paix. L’année 2010 se termine en sprint, après un départ nonchalant. La faute à trois généraux : Cardinal Monsengwo le veilleur, Etienne Tshisekedi le baroudeur infatigable, et Vital Kamerhe le jeune turc aux longs crocs. En l’espace de deux semaines, ils ont posé des discours qui réécrivent totalement la donne politique. On aurait pu aussi citer Joseph Kabila avec sa présentation de l’état de la nation, malheureusement on connaît le discours par cœur depuis 2007. Laurent Cardinal a été haut et sublime, piquant et soufflant comme d’habitude. Mais ce n’est pas de lui qu’il sera question aujourd’hui. La vedette à Etienne Tshisekedi et à Vital Kamerhe qui nous disent avoir changé. Qu’en est-il au juste ?

KAMERHE : « OUI, JE VOUS AI MENTI »

Après avoir joué des coudes et des bras pour être aux premiers rangs à l’arrivée et au congrès de Tshisekedi, l’ancien meilleur ami de Joseph Kabila (cfr son livre « Pourquoi j’ai choisi Kabila ») a lancé avec fracas son propre parti politique, l’UNC, avec l’intention avouée de briguer la magistrature suprême, apparemment dans une stratégie commune avec Tshisekedi. Au cours du congrès de l’UDSP, le parti du patriarche, abordé par un journaliste, Vital Kamerhe a dit : « il est temps de faire son mea culpa. » Il reconnaît s’être trompé. Voilà qui est bien. Quelques jours plus tard, parti en tournée-conquête sur les terres qu’il avait défrichées pour l’actuel locataire du Palais de la Nation, il aurait eu ces mots « Oui, je vous ai menti. » De mieux en mieux ! Depuis quelque temps, chaque jour nous rapporte images et reportages de gens qui s’empoignent autour de Kamerhe. Apparemment ce sont des militants du PPRD qui caillassent le renégat. Nenni, répliquent les partisans de Joseph Kabila pour qui les cailloux proviennent de ceux qui reprochent au fils du pays d’avoir menti et porté une part de responsabilité dans la continuation des malheurs de l’est. Où cela nous mène-t-il ? Faut-il prendre parti dans cette guerre fratricide entre Kabila et Kamerhe ou les laisser solder leurs comptes ? Je pense que la sagesse est de ne pas nous mêler de bagarres qui ne nous regardent pas. Même le sage Jésus a eu cette attitude quand deux frères se disputant un héritage ont sollicité son arbitrage. Envers et contre tous, Kamerhe a soutenu Kabila, lui offrant sur un plateau d’argent le grand Kivu avec des votes à 99.99 % (les méchants et les jaloux ont parlé de 150 %). Par Envers et contre tout, même contre sa conscience, car il reconnaît aujourd’hui avoir menti et dit mea culpa. Un tel engagement ne se fait pas pour rien, et nous ne savons pas ce qu’ils se sont promis en secret. Ceci nous rappelle un certain M’Zee LDK, qui voulait chasser Mobutu à n’importe quel prix, et qui plus tard, nous parlera d’un accord qui n’engageait que lui « Lemera », à cause duquel il a perdu la vie. Le départ de Kamerhe de l’assemblée nationale n’est pas consécutif à une conversion de cœur mais à deux raisons qui n’ont rien à voir avec l’évangile. Primo : il n’avait pas été informé du plan militaire concocté par le Chef de l’Etat et Kagame en l’ignorant. Secundo : l’ambition politique personnelle. Dès le lendemain des élections de 2006, VK n’a pas caché son ambition présidentielle, allant jusqu’à narguer JK en paraissant dans le même journal (Jeune Afrique) juste une semaine après un magazine consacré à ce dernier. Il n’y a rien d’étonnant à ce que le cercle katangais saisisse l’occasion pour le diaboliser et l’éjecter du perchoir. Kamerhe est intrépide, et l’intrépidité a un prix. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Nous n’avons rien contre la repentance, surtout quand elle est publique. Là où l’oreille du veilleur se dresse c’est quand le pénitent se montre pressé. « Pardon Messieurs et dames je vous ai menti », et l’instant d’après « Je suis devenu opposant et je veux être votre président. » Non, non et non ! La pénitence vraie doit s’accompagner d’humilité. Il faut nous laisser le temps de tester votre sincérité à l’épreuve du temps, car en ces temps électoraux, l’histoire nous apprend que les retournements de vestes opportunistes sont légion. Voilà pourquoi, je recommanderais à Kamerhe de battre campagne pour la députation et attendre 2016 pour réchauffer ses ambitions présidentielles. Il n’est pas bon de donner l’impression que l’on est prêt à mettre le pays à feu et à sang pour servir son ambition personnelle, car, si effectivement Kamerhe a lâché ses anciens compagnons, il faut s’attendre à des règlements de compte sans merci et même sanglants.

TSHISEKEDI : « ADIEU LE NATIONALISTE OMBRAGEUX »

De son côté, l’opposant du cinquantenaire (il est en politique depuis 1960) revient au pays après avoir discuté avec le conseiller politique de Sarkozy. Interrogé sur cette ouverture inimaginable à l’époque du grand Sphinx, il répond « Oui, Tshisekedi a changé. » Serait-il devenu sur le soir de la vie adepte de la troisième voie, autrefois prêchée par Mgr Monsengwo, qui recommandait d’abandonner les extrêmes pour chercher des compromis bénéfiques à la communauté en cédant un peu de son ego ? Dans ce cas, la correction recommande au grand sphinx de reconnaître ses erreurs publiquement et réparer le préjudice moral qu’il a fait subir à celui qui est devenu aujourd’hui le Cardinal du Congo. Ce n’était là qu’une parenthèse. Passons à l’essentiel. Il est moins facile de changer que de le dire ? Tshisekedi est connu comme un opposant, quelqu’un qui peut dire non. Mais être opposant est-ce être démocrate dans son esprit et dans son vécu ? Un petit exemple inquiétant : pendant les trois ans de son absence, on a constaté que toute la machine UDPS était grippée et son souffle suspendu à celui de son président malade à l’étranger. Quelle est cette démocratie où la vie d’une institution se confond à celle et à celle seule de son président ? Autre exemple : en son absence, on a entendu un joli remue-menage avec des Beltchikains d’un côté et des Mutandiens de l’autre. Au retour du PN on nous annonce que le linge sale est lavé sans que l’on sache trop comment. Il est des charismes dont il ne faut pas tirer vanité. Car il existe ces personnalités que la psychologie appelle « les mangeurs d’énergie. » Certes, ce sont de fortes personnalités, mais dont le rayonnement personnel inhibe ou détruit les autres, un charisme castrant. Mobutu était pareil, paralysant, hypnotisant, tétanisant, d’aucuns diraient envoûtant. Hitler également. C’est inquiétant pour la démocratie. Tshisekedi est-il un démocrate ? Si demain il devenait président, quel gouvernement aurons-nous ? Une armée de yesmen écrasés par le mangeur d’énergie ou des ministres libres, audacieux, créatifs ? Les trois mois pendant lesquels il fut premier ministre ont laissé des témoignages inquiétants dans la bouche de ses ministres!

NOUS AUSSI NOUS DEVONS CHANGER

Tshisekedi a changé, tout comme Kamerhe. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent, et le peuple n’est pas un imbécile. Donc le peuple a changé. En tous cas, il a appris et la science amène le changement. Que des fois n’avons-nous entendu le peuple jurer qu’on ne l’y reprendra plus. Il a le sentiment, non sans raison, d’avoir été dupé par les politiciens. Il a voté par naïveté, par sentiment tribal, sans responsabilité, sans rigueur envers les prétendants, et aujourd’hui il s’en mord le doigt, le panier de la ménagère et le sachet du fonctionnaire faisant foi. Mais voilà ce même peuple prêt à donner le bon dieu sans confession au premier politicien qui annonce à grand bruit sa reconversion en disant : accordons-lui une seconde chance ou le bénéfice du doute. La politique ne se fait pas avec complaisance. Les politiciens savent très bien prendre le peuple (surtout le peuple congolais) par les sentiments et les paroles bibliques semées à tout vent. Regardez ce qui se passe aux Etats-Unis avec Barak Obama, élu de manière historique, qui aujourd’hui se trouve en difficulté malgré toute la sympathie que l’on a pour lui. Le peuple doit être comme un sélectionneur professionnel, sévère et exigeant avec les candidats au mandat électoral. Les grands coachs de football ou de basket par exemple ont compris qu’il ne faut jamais laisser un grand joueur sans concurrent ou sans doublure. Cela va lui monter à la tête et demain il ne manquera pas de dire, comme Mobutu, que c’est le peuple qui lui doit et non l’inverse. Nous devons être comme cette jeune fille, amoureuse oui, mais qui doit bien faire comprendre au soupirant que le oui qu’elle lui donne a été conquis de haute lutte et non cueilli sans effort par un simple regard de Casanova. Tshisekedi et Kamerhe sont sur la rampe. OK. Au nom de la démocratie, il ne peut plus être question de les laisser persévérer dans leur croyance selon laquelle sans eux rien n’est, source de toutes les dérives autocratiques. Souvenez-vous de Mamale, ce jouer de Motema Pembe, éternel remplaçant jusqu’au jouer où Mbiyavanga Maestro, le titulaire habituel, en déplaçant avec l’équipe nationale en Angola manqua sur la liste de l’équipe qui devait affronter l’ennemi V. Club. Mamale prit sa chance et entra dans la grande histoire tandis que Maestro n’existe plus que dans la mémoire des spécialistes. Attendons et annonçons d’autres ambitions. Eteya biso !

gontchoserge@yahoo.fr

Congo na biso . 1 : l’argent des campagnes

novembre 23, 2010

Aujourd’hui, demain ou dans dix ans, il doit sortir des élections un Congo dont nous devons déterminer l’identité : le Congo que nous voulons ou le Congo des autres ?
A l’instar de la société humaine, les relations internationales ont leurs lois, iniques ou pas, la plus connue étant que chaque peuple cherche d’abord, si pas exclusivement ses intérêts. Si la nature avait donné à chaque peuple, ou chaque pays, toutes les ressources dont il pouvait avoir besoin, il est à parier que certains resteraient bien cloîtrés chez eux et ne se soucieraient pas de ce qui se passe ailleurs. Mais voilà, le pétrole se trouve en Irak, dans le Golf Persique, et il faut aller le chercher là-bas, par tous les moyens, y compris la guerre. Il n’y a rien d’étonnant à ce l’on vienne chercher le coltan, le cuivre, le diamant, les forêts, les eaux du Congo, par tous les moyens, y compris … les élections.
LE CONGO DES ETRANGERS
L’humanité s’est un peu civilisée, depuis l’époque des guerres des conquêtes, où un roi était apprécié par sa capacité à aller confisquer les terres et les troupeaux des autres, en invoquant au passage l’aide de Dieu. Tous les Etats du monde ont renoncé officiellement à l’agression mutuelle. La guerre ancienne a pris un visage plus … humain. Les assoiffés de pouvoir ont mis des gants. De fracassante, la guerre est devenue une guerre de basse intensité, la colonisation est devenue la néo-colonisation. A travers des systèmes de gouvernements conçus ailleurs et mal assimilés, ou tout simplement inadaptés, l’Afrique joue à l’infini les prolongations de la colonisation, laquelle ne porte plus seulement le visage de l’Occident mais aussi celui de l’Orient émergeant. Les élections dites démocratiques sont l’un de ces instruments d’apprenti-sorcier et le Congo s’y prépare pour l’année prochaine. Quels sont les pièges, et qu’en sortira-t-il ?
Ayant adopté le système démocratique, nous sommes obligés de recourir régulièrement aux élections pour recomposer nos représentations à l’un ou l’autre niveau. Pour ce qui concerne l’élection présidentielle, nous sommes censés voter tous les cinq ans. Tout dépassement du mandat crée automatiquement une crise, une instabilité dont on ne pas augurer de l’issue. Autrement dit, il faut absolument organiser les élections sinon plus personne ne répond de rien. Mais pour tenir ces élections, rien que sur le plan matériel, il faut disposer de l’organisation, des compétences, et des moyens financiers nécessaires. Tel n’est pas le cas de notre pays, ni en 2006, et encore moins en 2011. Conséquence, on le voit déjà, les yeux sont tournés vers la communauté internationale, celle qui dit avoir organisé en 2006 « les élections les plus chères de l’histoire. » Qui peut avoir la naïveté de croire que l’on ferait une telle dépense, uniquement pour permettre aux Congolais d’avoir leur démocratie, leur président, leur parlement, sans prendre en compte les intérêts (on comprend lesquels) des bailleurs de fonds ? Dès lors, rien ne peut nous garantir que le président sortant des urnes est bien celui que nous avons voulu, car nous n’avons pas la maîtrise de la chaîne électorale, de l’enrôlement des électeurs au dépouillement des bulletins et à la publication des résultats. Ainsi, les prédateurs peuvent nous imposer un président ou une coloration parlementaire de leur choix, en nous donnant l’illusion que c’est nous mêmes qui les avons désignés. Voilà pour le Congo des étrangers.
LE CONGO DE LA MAFIA
Il n’y pas que les étrangers qui peuvent nous flouer. Pour réussir sa besogne, l’impérialisme se sert aussi de relais conscients et inconscients parmi nous. Tels ces gens qui, de bonne foi, croient que l’élection du président de la république, du député ou du bourgmestre est un concours de séduction ou une vente aux enchères. C’est le plus offrant ou la plus sexy qui gagne. Le candidat X circule de quartier en quartier, distribuant des T-shirts à son effigie, offrant à boire à la ronde, jetant des bouts de ponts sur des bouts de rivières, réfectionnant la toiture de l’église du coin … et le peuple danse, tombe en pamoison, devant les caméras de la télévision opportunément présents. Qu’est-ce sinon une forme de corruption ?
Il existe au pays un groupe de politiciens connus pour être « le groupe des riches. » Ils ont quelques partis politiques pour faire couverture, mais n’ont manifestement que faire de militants. Le parti est juste un de leurs sésames pour s’introduire partout. Ils attendent tranquillement que les petits ambitieux se fassent élire au suffrage direct, et de préférence avec leur soutien financier. Puis ces hommes forts se présentent au scrutin indirect pour occuper des postes stratégiques au gouvernorat, ou au sénat, en faisant couler les billets de banque. Les petits ambitieux élus avec leur argent leur sont redevables, et les grands manitous tirent les ficelles dans l’ombre, ni vu ni connu. Ils décident et les ministres exécutent. Ils instruisent, et les députés votent, souvent à l’encontre de leurs discours critiques de parade juste bons pour amuser la galerie des citoyens. Voilà le Congo de la mafia.
LE CONGO DU PEUPLE OU CONGO NA BISO
La démocratie se définit comme le pouvoir du peuple. Réfléchissons-nous assez sur la signification de cette phrase ? Si on nous prête une population de 60 000 000 âmes, et que nous pouvons estimer à 50 000 la « Communauté mafieuse du Congo », il reste … 59 950 000 personnes qui se seront laissé dépouiller de leur pouvoir. Incroyable ! Dans cette grande masse, il y a une « élite » intellectuelle et spirituelle qui n’aura pas été à la hauteur de sa mission. Il y a même une élite qui aura trahi, en vendant son savoir pour avoir place à la mangeoire.
Mais il y a aussi, il doit y avoir un reste, une élite qui doit s’armer de courage et se parer d’audace aujourd’hui pour affirmer qu’un autre Congo est possible, un Congo fait de nos mains, notre Congo, Congo na biso.
Les paragraphes précédents ont voulu établir, s’il en était, que le rapport à l’argent de campagne peut faire d’un peuple soit un souverain, soit un esclave. Les étrangers et les princes de la mafia ont compris que celui qui paie règne. Malins, ils se sont arrangés pour créer une inflation financière autour de l’argent des campagnes. On nous fait croire que les élections doivent coûter énormément cher, ce qui a pour conséquence de dissuader les enfants du pays, privés de travail et privés de salaires quand ils travaillent, de l’aventure électorale. S’il est vrai qu’il faut bien louer des salles, payer des titres de voyage, assurer des frais de secrétariat, on doit aussi se demander où va le gros de l’argent des campagnes ? Observons et nous verrons que c’est à l’achat des consciences, à des dépenses de luxe superflues, à des détournements (là aussi). Ce superflu élagué, les élections peuvent redevenir abordables pour l’honnête citoyen et se mettent au service de l’homme au lieu d’en être un dieu sinistre et cynique.
Malheureusement pour nous, peuple, notre gouvernement et nos députés participent à cette spéculation. En imposant des cautions exorbitantes, au prétexte que « n’importe qui ne doit pas se présenter comme candidat président de la république ou député », alors que si les Congolais sont devenus des « n’importe qui » c’est à cause de leur mauvaise gestion, les dirigeants politiques montrent que leur vrai souci c’est de péréniser leur confrérie, et qu’ils n’ont cure du peuple qui n’est bon qu’à les applaudir pour quelques petits ponts posés la veille des élections.
En réponse à ces manipulations dont les auteurs se font une gloire de se déclarer héritiers de Machiavel, nous disons ceci à notre peuple
- La teneur de la loi électorale sur les frais de dépôt de candidature seront une épreuve pour les élus d’hier. Si elle est inique et tente d’exclure le peuple, nous devons, sans considération de toute autre chose, refuser de renouveler le mandat de tous ces députés, indistinctement ceux du pouvoir et de l’opposition.
- Celui qui paie règne. Nous ne pouvons pas avoir « Notre Congo » sans nous mouiller le maillot. On ne peut pas gagner la liberté et la respectabilité tout simplement en critiquant les députés. Nous devrons mettre la main à la poche ou offrir nos services en volontaires.
- Que le peuple réhabilite son rêve. Si un citoyen honnête pense être à même de servir son peuple et si le peuple l’en juge digne, la dynamique « Congo na biso » saura lui fournir les moyens nécessaires. Cette dynamique est ouverte à tous les Congolais qui veulent un Congo issu de nos rêves, pour contribuer financièrement, pour se porter candidat, ou pour servir.
Tel est le message que nous, en tant que membre de l’élite consciente, apportons à notre peuple dans la perspective des élections de 2011. Plus rien ne sera comme avant !

Ma candidature à l’élection présidentielle 2011

novembre 20, 2010

Chers amis,

En ce jour, j’ai choisi de m’adresser à vous, et à travers vous, à tout notre peuple pour annoncer mon intention de briguer la magistrature suprême à l’occasion des élections générales de 2011.

Je ne doute pas qu’à la lecture de l’intitulé, d’aucuns s’exclament : « une candidature de plus ! », et comme vous, témoin dans ma chair du déclin continu de notre pays depuis des décennies, je ne puis que comprendre cette réaction, l’ayant moi-même manifestée à plusieurs reprises. Il nous faut cependant nous rendre à l’évidence que l’on n’a pas beaucoup de chance de changer une situation uniquement par l’expression du mécontentement et la désignation des coupables et des boucs émissaires.

Agé aujourd’hui de quarante-huit ans, je suis de la génération de ceux dont les yeux se sont ouverts à la politique lors de la restitution du pluralisme politique en 1990 par le Président Mobutu, en grande partie grâce à l’opposition d’Etienne Tshisekedi et à ses compagnons. Dans la foulée, nous avons été le spectateur très intéressé et très studieux des péripéties de la Conférence nationale souveraine, sous la houlette de Mgr Laurent Monsengwo. Ici est l’occasion pour nous de rendre hommage à ces deux monuments dont l’action ne peut être appréciée à sa juste valeur si l’on ne tient compte des pièges à retardement de l’équation congolaise, pièges qui remontent à l’époque de traite esclavagiste, en passant par la Conférence de Berlin et la colonisation. En effet, ce ne fut pas de gaieté de cœur que ce pays riche, qui avait fait la richesse des autres, fut rendu à ses fils en 1960. Depuis lors, le Congo n’a jamais été le Congo des Congolais mais le Congo des autres, par kapita médaillés interposés. Il nous a fallu du temps pour nous rendre compte que remettre sur rails cette grosse machine était une mission impossible dans l’espace du temps que notre euphorie du moment nous avait fait estimer, à tort, à quelques mois.

En 1997, nous avons été témoins de l’entrée de l’AFDL et de Laurent-Désiré Kabila. A cette époque, alors que nous étions journaliste, au contraire de la majorité de nos populations qui ne juraient que par « Mobutu doit partir à n’importe quel prix », nous attirions l’attention sur ce cheval de Troie. Dans les valises de l’AFDL libératrice il y avait l’occupation rwandaise, partie émergente d’un trafic maffieux international qui a fait du Congo un no man’s land. Laurent-Désiré Kabila, quoique pas irréprochable, a eu le mérite de relever le front et tomber en héros pour l’honneur du Congo. Nous saluons sa mémoire avec reconnaissance.

Entre 1990 et 2000, notre esprit a eu suffisamment de temps et de matière pour exercer son sens critique et faire de la prospective. Nous avons commencé à percevoir les limites de la classe politique et les faiblesses de l’élite du Congo. C’est alors que le sens de l’engagement politique a éclos en nous, tout d’abord dans une aurore de citoyenneté agissante, et plus tard, donc aujourd’hui, sous la forme d’un appel irrésistible de la conscience sous le drapeau : nous avons un message à donner.

Chers compatriotes, notre message c’est qu’il est temps de tourner une page jaunie de cinquante ans de tempête. Il est temps de faire la politique autrement, non seulement en paroles mais dans les faits. Il est temps d’entrer dans un nouvel âge. Il est temps de prendre de l’audace. Quatre siècles après l’arrivé du Portugais, cent vingt ans après le partage de Berlin et cinquante après le départ du colonisateur belge, nous n’avons plus l’excuse de la décolonisation piégée, même si celle-ci est un fait. Nous n’avons pas non plus l’excuse de la foi aveugle et sans intelligence du désespéré en un libérateur infaillible, comme en 1990. Vingt ans de « démocratie », quoique titubante, et le développement d’une forte diaspora congolaise et l’avènement de l’éducation pour tous via les nouvelles technologies de communication sont incompatibles avec la pérennisation d’un système politique dont la nocivité n’est plus à démonter. Nous pouvons l’apprécier aujourd’hui non seulement par la situation économique et sociale du pays, mais aussi par la santé des partis et la classe politique, tant du pouvoir que de l’opposition. Ceci indique bien que l’alternance ne sera pas qu’une fausse solution, une illusion, déshabiller Saint Pierre pour habiller Saint Paul. Ce dont le Congo a besoin, c’est d’une révolution, l’avènement d’un vin nouveau. Quels en sont les ingrédients ? En voici :

Primo, la réconciliation nationale. Il nous faut nous rappeler que chaque fois que nous nous battons entre nous, quelle qu’en soit la raison, il y a des gens qui se frottent les mains quelque part, les adeptes du « diviser pour régner ». Ceux qui ont dirigé et ceux qui se sont opposés hier, ceux qui dirigent et ceux qui s’opposent aujourd’hui, tous sommes les « Shegué » de la République, des enfants qui n’ont pas reçu la préparation nécessaire pour assumer de manière convenable les responsabilités politiques. Même si on peut le blâmer pour des faits, il faut reconnaître qu’au fonds, un shegué est toujours plus à plaindre qu’à blâmer. Nous prônons le changement de la classe dirigeante et de la classe politique en général sans un esprit de vengeance, mais sans non plus renoncer à la manifestation de la vérité et à l’exercice de la justice.

Secundo, la décolonisation effective. Avons-nous jamais été indépendants ? Quand tout politicien et tout candidat président de la république fait la tournée des chancelleries à Kinshasa et celle des ministères des affaires étrangères en Europe et en Amérique pour y recevoir sa « nomination », quel Congo aurons-nous, sinon le Congo des autres ? Quand le financement de nos campagnes électorales et des élections, voire le budget de fonctionnement de notre gouvernement proviennent de la « Communauté internationale », comme on dit, quelle garantie pouvons-nous donner que nous ferons la politique du Congo et non celle des autres ? Dire comme d’aucuns le disent que l’on ne peut diriger le Congo sans l’aval de la Belgique, ou de la France, ou des USA, est tout simplement inadmissible. C’est une abdication devant une suggestion mentale qui n’a de force que celle que notre propre faiblesse mentale lui cède. Les relations que nous devons avoir avec les anciennes dominations doivent être des relations nouvelles, faites de négociations dures mais respectueuses. La « communauté internationale » sait qu’elle a beaucoup à gagner d’un Congo stable, bien géré, où les droits de l’homme sont respectés, où le climat des affaires est propice.

Tertio, le professionnalisme. A tous niveaux, il faut placer des bons gestionnaires, et mettre les acteurs du développement dans de bonnes conditions de travail. L’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Le sacre récent, pour la deuxième année de suite, du TP Mazembe, doit être une leçon pour nous tous. Ne voila-t-il pas les mêmes joueurs que nous avons vu à Kisantu, à Kisenso, mangeurs de mpiodi sans lopele et de kwanga de ntotila, qui ont réalisé le miracle de rabattre le caquet à tous les grands d’Afrique ! Qu’a-t-il fallu pour cela ? Le management d’un président consciencieux, et le respect du travailleur. Nous saisissons l’occasion pour féliciter très sincèrement son président, M. Moïse Katumbi. Imaginons maintenant l’enseignant, l’infirmier, le journaliste, le commerçant congolais, placé dans de bonnes conditions … le miracle de Mazembe peut se généraliser. Le peuple congolais a de la ressource.

Chers camarades,

La campagne n’a pas encore commencé et ceci n’est pas une communication officielle. J’ai tenu à partager avec vous cette ambition pour laquelle « j’irai jusqu’au bout » (je n’ai triché personne, svp). Il ne s’agit pas d’une simple réflexion, ni d’une ambition folle sortie de nulle part ; c’st un projet sur lequel nous travaillons avec beaucoup d’amis et au pays, et cette fois nous irons jusqu’au bout ! De nombreuses questions, sur les choix philosophiques et idéologiques, les alliances, la pertinence et la crédibilité du processus électoral, le financement, le projet de société … n’ont pas et ne pouvaient pas être abordées en un seul exposé. Nous sommes prêts à répondre à vos questions, en privé ou en public. Nous serons heureux de recevoir vos critiques, vos réflexions, et pourquoi pas votre adhésion au projet et votre soutien.

Dans l’entretemps, nous restons ouvert à tout échange constructif avec toute personne « sérieuse » qui affiche la même ambition que nous, dès lors que nous jugeons l’échange utile à la cause du peuple congolais. Ceci veut dire que nous nous réservons aussi le droit de décliner les invitations que nous aurons jugées sans objet.

Le seul chantier de la République

septembre 5, 2009

Actualité oblige, le discours de Barak Obama s’invite dans toutes les analyses et toutes les stratégies politiques des Africains, cela quel que soit le thème abordé. Je n’échapperai pas à la vague, et, je l’avoue, cela n’est pas pour me déplaire.

Il y a une dizaine de jours, sous le titre « On cherche quinze hommes », j’osai des propositions téméraires, pour reprendre les commentaires d’un estimé chroniqueur de la vie politique congolaise : je prônais la mise au ban de tous les fondateurs de tous les partis politiques et la création d’un nouveau avec pas moins de mille fondateurs. La raison de ce coup de gueule : les fondateurs sont tous auteurs ou complices de crime originel contre la démocratie, en consacrant dans les statuts de leurs partis politiques leur pouvoir antidémocratique sur l’assemblée, sur le congrès, sur les militants. Nous sommes tous allés dans ces partis vaincus d’avance, résignés, conscients que notre devenir politique dépendra de notre docilité ou de notre flatterie aux pieds des fondateurs propriétaires.

Qu’est-ce que cela a à avoir avec le discours de Barak Obama ? Ceci : le président américain a fustigé les chefs d’état africains qui, dans une unanimité qui ne se gène plus, font de la chirurgie juridique sur les constitutions et les lois pour se maintenir indéfiniment au pouvoir. Or, quelle différence entre le tripatouillage sur la constitution et le sabotage des statuts des partis politiques, sinon seulement la proportion ? Les voleurs de bœufs et les voleurs d’œufs sont également voleurs. Ainsi, les dirigeants des partis politiques qui ont commenté la pique faite à Mamadou Tandja du Niger ou à Robert Mugabe du Zimbabwe n’ont  d’autre avantage sur ces derniers que de n’avoir pas été nommément pointés du doigt. Pour le reste, ils sont tous pareils, des faussaires de la démocratie.

Deuxième point fort du discours de Barak Obama : la colonisation est passée depuis longtemps, et ne devrait plus être tenue pour cause des malheurs actuels des Africains. A lire les analyses politiques des Africains et des compatriotes congolais d’avant et d’après le discours, cette pilule passe difficilement ; prescrite dans les mêmes termes par Sarkozy ou quelque autre président européen moins charismatique, elle aurait provoqué un virulent rejet. Pour ma part, je me mettrai dans le camp de ceux qui soutiennent cette thèse à bout de bras, une fois pour toutes, et s’interdisent la possibilité de revenir en arrière. Il faut aller de l’avant. On fera le devoir de mémoire le moment venu, mais pour le moment, plomber le présent et l’avenir à cause du passé ne peut nuire qu’à nous -mêmes.

Cette halte faite, nous pouvons revenir sur le cours du sujet lancé il y a dix jours dans notre article précédent.

La maladie des questions oiseuses

Si aucun fondateur n’a encore réagi au débat qui  les montre du doigt, d’autres, plus nombreux, étaient curieux de savoir par « quelle magie un tel rêve pouvait devenir réalité ». Notamment, comment se libérer effectivement, et pas seulement en paroles, de la tyrannie des fondateurs ? Je leur répondrai par une autre question : comment se fait-il que des gens intelligents, qui reconnaissent effectivement cette tyrannie, ne mettent pas en œuvre leur intelligence pour se sortir et sortir la société de ces conditions misérables ? Je crois qu’il est plus urgent de répondre à ma question, car, si on pouvait comprendre ce qui empêche des gens si intelligents d’être pragmatiques et efficaces, on aura, du coup, résolu une multitude d’autres problèmes qui ont le même obstacle à la base.

En effet, s’il est bon de poser des questions, il est aussi sage de s’interdire de répondre à toutes, quand bien même on en aurait la réponse. Les principes de la pédagogie enseignent que le savoir conquis est plus productif que le savoir acquis. Le savoir conquis est obtenu de haute lutte, souvent puisé dans l’homme intérieur par l’homme lui-même, par la réflexion personnelle et la méditation. C’est ce savoir que Socrate poursuivait par la maïeutique, cet art de poser à l’homme questions sur questions, pour détruire ses savoirs superficiels et l’amener à découvrir le savoir véritable qui dort dans le plus profond de chacun de nous, dans notre inconscient ou notre subconscient. Quand ce savoir latent, prisonnier des profondeurs de l’âme, remonte à la surface de notre conscience, nous avons le phénomène popularisé sous le jargon de « prise de conscience », un phénomène qui s’accompagne toujours d’une forte libération d’énergie emprisonnée dans les gangues de l’ignorance.

Ce détour par la psychologie et la philosophie, je le fais pour fustiger une attitude négative que tout le monde peut constater dans nos intellectuels, la maladie des questions oiseuses. Il semble, à nous observer attentivement, nous les intellectuels congolais, que nous trouvons une sorte de morbide délectation à poser des questions dont la finalité semble être de démontrer l’impossibilité de sortir le Congo de sa situation. Cette attitude peut être un symptôme d’une pathologie psychique. Nous sommes malades, sans le savoir, dans notre être, car un être sain ne peut pas se délecter de son impuissance, il ne peut pas se sentir fier et triomphateur après avoir raconté pendant une heure les malheurs du Congo. L’Abbé A.L. de mes connaissances appellerait cela le « complexe d’Adam », une attitude qui nous conditionne de sorte à rejeter toujours la faute sur les autres, autrement dit, à projeter notre propre ombre intérieure sur un bouc émissaire : « l’Etat atalela biso likambo oyo. »

L’intellectuel n’est pas là pour poser des questions à longueur de journée, mais de produire des réponses. Sinon, à quoi sert-il d’avoir fait autant d’années d’études primaires, secondaires, universitaires et même post universitaires ? La vérité est que, faute de produire ces grandes lumières qui sont la marque des penseurs mûrs, les intellectuels congolais recherchent plus l’admiration des auditeurs et des téléspectateurs de la même manière que les catcheurs et les musiciens, de préférence en critiquant les autres. Finalement, c’est à des débats-spectacles et des pugilats qu’on a droit dans les médias traditionnels et l’internet, plutôt qu’à de vrais débats d’intellectuels. Si ce sont les dirigeants politiques qui sont défaillants, il faut réfléchir aux moyens de les remplacer. Si c’est le système qui ne répond plus, il faut penser la révolution. Geindre n’amène que pitié ou mépris. Obama et le peuple américain ont réussi leur dernière révolution au rythme de « Yes, We can », et il a dit aux Africains : « Yes, you can ».

Changer l’homme, construire l’homme

A ceux qui nous demandent ce qu’il faut faire pour se libérer de la tyrannie des fondateurs, nous disons ceci : quoi que l’on fasse, si au départ, on n’a pas compris que la fondation sur laquelle tout doit s’ériger est l’homme, on construit sur le sable. Il y a des lois avec lesquelles on ne triche pas : la profondeur et la solidité de la fondation déterminent la hauteur de l’édifice. Lu à l’envers, ce que je dis c’est que l’édifice de la liberté et de la démocratie ne s’est élevé que jusqu’à la limite de notre mentalité. Aussi longtemps que nous serons cet homme d’aujourd’hui, résigné, attentiste, craintif, rien n’y personne ne pourra quoi que ce soit pour nous. Aide-toi et le ciel t’aidera ; pleure-toi, et le ciel te pleurera. Tout réside dans le changement de notre attitude, et cela, nous seuls pouvons l’impulser.

Je devine que cette réflexion suscite un certain malaise parmi beaucoup de nos amis combattants pour un Congo nouveau. Plutôt que de réagir à chaud en se défendant, réfléchissons plutôt à ceci : quand l’animal intérieur tapi dans notre subconscient se sent découvert, il manifeste une résistance qui va parfois jusqu’à la violence. Ce n’est pas toujours de cœur joie que l’homme se regarde dans un miroir. Mais jeter un voile pudique sur notre boue intérieure ne nous guérit de rien au contraire, le mal continuera son œuvre. Souvenons-nous de ce récit de la bible où la foule venue accusée la femme auprès de Jésus pour adultère s’est retirée, du plus jeune au plus vieux, quand, fin psychologue, celui-ci les a renvoyés à contempler dans leur propre cœur tout le mal qu’ils projetaient sur la « pécheresse. » La fureur que l’on met à peindre le mal chez l’autre est souvent la révélation inconsciente du mal caché dans notre homme intérieur ; tout psychologue ou psychanalyste avisé confirmera ces dires. Mandela est l’un de ces hommes qui ont su regarder le mal dans l’autre sans verser dans la haine, les injures et la rage aussi vengeresse qu’impuissante.

En conclusion, nous réitérons notre appel à tous les hommes de bonne volonté, qui comprennent qu’il nous faut un changement de système plus que d’hommes, à se mobiliser pour qu’une nouvelle manière de faire la politique et de vivre la démocratie s’impose à l’actuelle. Nous prônons une démarche qui consistera à commencer par le commencement. L’homme doit se préoccuper d’ôter d’abord la poutre de son œil, alors il verra comment enlever la paille de l’œil du voisin. Ce disant, nous ne signons pas un chèque en blanc aux prédateurs actuels. Tel doit être, croyons-nous, le premier chantier de tous les partis politiques : l’homme. Tel est aussi, nous en sommes convaincus, le message de Barak Obama aux Africains.

Serge Gontcho

On cherche quinze hommes

septembre 5, 2009

On connaissait Diogène, le Grec, circulant avec sa lampe en plein midi dans les rues, et qui répondait à ceux qui le questionnaient sur le sens de cette promenade insolite : “je cherche un homme”. Le philosophe antique voulait, par ce symbolisme, attirer l’attention de ses concitoyens sur la difficulté de trouver un Homme avec grand H, un homme qui soit un peu plus que ce que nous sommes. Si d’aucuns l’ont traité de fou, comme c’est généralement le lot des philosophes et des visionnaires, l’histoire lui a rendu témoignage.

Joseph Kabila vient-il de lire Diogène ? Il n’est pas interdit de le penser. Il y a quelques mois, il déclarait sur les médias américains qu’il cherchait quinze Hommes. Une façon de dire à ses disciples : mille de vous n’ont pas ma confiance. Les Kinois en ont fait des gorges chaudes. Ah ! Le Président de la République démocratique du Congo n’a pas quinze hommes ? Mais comment gouverne-t-il ? Mais c’est quoi que cette noria de conseillers et de courtisans autour de lui ? Il paraît qu’il n’en avait encore que trois ou quatre, sur les doigts d’une seule main. L’Opposition aussi a ironisé. Je me souviens de François Mwamba Tshishimbi qui a tapé du poing sur la poitrine du MLC : Nous, nous avons quinze fois quinze personnes.

Permettez, messieurs les rieurs ! Autant, les sages n’ont pas ri de Diogène, autant il est fou de rire de cette déclaration de Joseph Kabila. Dis-moi de quoi tu ris, je te dirais qui tu es. Rire de tout n’est pas signe de grande intelligence, et peut même être signe de légèreté intellectuelle. Posons-nous sincèrement la question : Y a-t-il quinze hommes pour le Congo ? Qui peut nous les citer ? Y a-t-il quinze hommes dans l’Opposition ? Qu’ils se présentent et nous expliquent où en est l’Opposition. Y a-t-il quinze hommes dans les églises ? Qu’ils nous disent pourquoi Benny Hinn, venu de la lointaine Amérique, a supplié à genoux les pasteurs congolais de remettre la croix de Jésus au milieu de l’Eglise. Y a-t-il quinze hommes parmi les intellectuels qui puissent nous expliquer pourquoi il n’y a que le français qui étincelle dans leur bouche, alors qu’ils brillent par leurs échecs dès qu’ils mettent la main à la pâte. Les plus malins d’entre eux ont d’ailleurs pris la précaution de s’autoproclamer “penseurs et lumière”, laissant aux autres le soin de mettre en œuvre les idées dont ils accouchent. Comme ça, en cas d’échec, la faute ce sera toujours aux autres, ceux qui auront mis les mains dans le cambouis. Je pense que chaque Congolais devait s’approprier ces paroles, cet aveu courageux et sincère d’impuissance : je cherche quinze hommes.  C’est ce que je fais, pour ma part, et je vais vous dire comment et pourquoi, dans cet article.

Les lecteurs fidèles du Potentiel se souviendront que j’ai été pendant un moment parmi les chroniqueurs politiques les plus réguliers de leur journal. Refusant les étiquettes traditionnelles de “pouvoir” ou “opposition”, je dirigeai ma plume assassine tantôt contre un camp, tantôt contre un autre, tantôt pour un camp, tantôt pour un autre. Chronique mais aussi activiste politique, je prônais, avec d’autres amis, non pas une libération par rapport au régime actuel, mais une émancipation vis-à-vis du système qui enveloppait sous le même manteau les soi-disant adversaires politiques d’aujourd’hui, tous cependant enfants de la rébellion armée ou héritiers du mobutisme décadent. N’ayant pas réussi à réaliser nos objectifs, je me suis accordé un repos sabbatique et journalistique, pour réfléchir sur les causes de cette absence de résultat, pour ne pas dire de cet échec. J’en sors aujourd’hui avec cette phrase en guise de résolution : Je cherche quinze hommes. Mais quel homme ? Quel est cet homme que Diogène cherchait ? Quels sont ces hommes que le Congo cherche ?

Homme d’actions et de constance

Voici une citation de l’Archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, au lendemain de sa prise de fonction dans la capitale, lors d’une clôture de la semaine des intellectuels catholiques à Sainte Anne en 2008, alors qu’il les exhortait à assumer leurs responsabilités citoyennes et politiques en tant que porteurs de la lumière de Christ : “Au Congo, j’ai vu beaucoup d’enthousiastes, mais peu d’hommes d’action et de constance“. Assurément, lui aussi, comme Joseph Kabila, doit être encore à la recherche de ses quinze hommes.

Reconnaissons que nous autres, Congolais, manquons de persévérance. Ce qui est problème ici, c’est notre mentalité plus qu’autre chose. Combien d’entre nous disent oui et applaudissent à se briser les doigts à la fin des conférences, des prêches, des meetings politiques, promettent de faire ceci et cela pour la cause commune, et puis se perdent le lendemain dans toutes sortes d’excuses et d’explications pour ne pas faire ce qu’ils ont promis de faire : la pluie, le vent, la faim, le transport difficile, le lion, les moustiques. Bizarrement, ces mêmes excuses ne fonctionnent plus dès qu’il est question de suivre à la télévision la finale de la Ligue des Champions en Europe, où quand il faut assister en direct à la victoire de Barak Obama à 3 heures du matin. La bonne foi n’est pas en cause, tout simplement, le Congolais, à la différence des autres, n’a pas la  mentalité de vainqueur ou de faiseur, mais celle plutôt du jouisseur, prêt à tout vendre pour aller profiter en Europe ou en Afrique du sud du travail des autres peuples.  Le vainqueur et faiseur sait garder ses pensées focalisées sur un objectif, et lui accorder chaque jour un temps de réflexion, un temps d’action, construisant ainsi petit à petit la termitière avec la patience de la fourmi. Le Congolais est dispersé. Il n’a pas la notion de la patience.

Je citerai aussi André Pike : Il ne faut pas s’imaginer que le génie personnel suffit pour réussir les objectifs les plus ambitieux ni qu’il remplace avantageusement le travail. Le génie individuel étant aussi rare que la manne divine qui doit se mériter, il faudrait attendre longtemps pour qu’il se révèle en chacun de nous et rien ne se ferait. L’accumulation permanente de nombreux petits efforts produit un meilleur résultat qu’un exploit gigantesque. C’est la somme des efforts individuels tendant vers un même but qui permet la réalisation de ces grandes œuvres qui s’inscrivent durablement, à la face du monde et dans l’histoire de l’humanité, et sont la marque du génie humain.

Une fois pour toutes, nous devons prendre conscience et nous arracher du joug de cet esprit jouisseur qui se cache en nous et qui nous fait nager à contrecourant des lois de la nature. Il faut travailler, travailler intelligemment, pour gagner son pain, pour gagner sa paix. Le Congo cherche quinze hommes prêts à s’engager sur le chemin de cette transformation de soi-même, au service de la nation, quinze hommes capables de dire oui et de faire oui une semaine après, un mois après, une année après, dix ans après.

A bas les fondateurs !

La deuxième idée force que je ramène de ma retraite est qu’il faut “tuer” tous les fondateurs de tous les partis politiques, ou alors les neutraliser d’une manière ou d’une autre.

En effet, trouver le Quinze de Kabila, ou celui de Pasinya, ou tout autre Quinze, est une condition nécessaire mais pas suffisante pour faire évoluer les choses ; Il faudrait encore trouver une structure qui leur permette de s’exprimer. Pour dire vrai, je crois que les quinze sont là, partout, mais nos institutions sont elles-mêmes démotivantes, qu’il s’agisse des partis politiques ou des églises. Un même démon agite toutes les institutions congolaises : le démon du fondateur ou du patron propriétaire. Chaque parti congolais a à sa tête un président ou un collège de fondateurs qui crucifient chaque jour la démocratie et inhibent enthousiasme et créativité. Quand bien même tous les statuts affirment que le congrès est l’organe suprême du parti, les mêmes textes s’arrangent tous pour arroger, ailleurs, au collège des fondateurs un droit de véto sur les décisions du congrès. Ceci n’est ni plus ni moins que de la tricherie. Comment un groupe de dix ou quinze personnes peut-il se proclamer “gardien de la vision du parti” tout simplement parce qu’ils étaient les premiers à se réunir autour d’un verre de bière ? Quel intellectuel peut défendre cette cause ? Quel professeur d’université président de parti politique osera encore regarder ses étudiants dans les yeux quand il défend une telle thèse ?

Les Congolais de bonne foi, ayant compris que les partis politiques congolais sont tous des propriétés privées des fondateurs, restent tranquillement chez eux, assis sur leurs compétences, parce qu’ils refusent de servir de marchepieds aux ambitions d’une bande de copains organisés en collège de fondateurs. Dans les grandes démocraties, la notion de collège des fondateurs n’existe pas. Dans les statuts de l’UMP, du PS et du MODEM en France, par exemple, il n’y a pas une catégorie de membres dénommée “membres fondateurs”. Ce sont des inventions des Congolais pour contrôler le parti et les militants. Malheureusement, cela se retourne toujours contre eux. La grande querelle à l’UDPS n’a pas d’autre cause que cette gangrène. La crise au RCD qui veut éjecter Ruberwa n’est rien d’autre que cela. Le PPRD n’est pas en reste, Vital Kamerhe en sait quelque chose. Et au final, c’est le peuple qui a mal à la démocratie.

C’est pourquoi, nous exhortons aujourd’hui tous les Congolais qui sont dans les partis politiques sprl, à les quitter, au nom de la démocratie, ou à exiger la révision de ces dispositions antidémocratiques qui font d’eux les faire-valoir des fondateurs et de leurs familles. Mais comme nous savons que ces derniers ne se laisseront pas ôter de bon cœur le pain de la bouche, nous encourageons tous les Congolais à se rassembler pour fonder un nouveau parti politique où il y’aurait au moins mille fondateurs et où il n’y aurait pas de privilèges spéciaux pour ceux-ci. Chacun de ces fondateurs viendra avec 10 $, comme contribution à la création de ce parti qui sera offert aux gens de bonne volonté comme tribune pour leur expression démocratique. Il ne s’agit pas d’un rêve, mais bien d’un projet concret, par lequel le peuple congolais peut demain prendre le contrôle des entités locales, pendant que les élus d’hier sont encore empêtrés dans leurs promesses non tenues. Le Congo cherche quinze hommes.

Serge Gontcho


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.